Des constructions modulaires comme solution au sans-abrisme à Forest

Dans le cadre de l’Archiweek 2022, qui se déroulait cette année du 17 au 21 octobre, et avait comme thème central « Bruxelles la Mienne », j’ai visité pour Circubuild un « campement » un peu particulier. En effet, face à la problématique du sans-abrisme à Bruxelles, l’ASBL Infirmiers de Rue a sollicité l’aide du service des occupations temporaires de citydev.brussels pour l’installation de logements durables et modulaires sur un terrain en friche à Forest (appartenant à citydev), rue de Barcelone exactement. Une initiative originale et solidaire, mais surtout prometteuse et qui appelle à être développée à plus grande échelle.

Un projet insolite

Infirmiers de rue est un ASBL dont la mission est d’assurer des soins PMS (psycho-médicosociaux) aux personnes en situation de sans-abrisme. En recherche de solutions facilement et rapidement réalisables, l’association imagine l’utilisation d’installations modulaires pour accueillir des personnes en besoin de logements. Après une première expérience convaincante sur un site en friche à côté du pont Van Praet en 2017 (Schaerbeek), l’ASBL obtient le premier permis d’urbanisme temporaire pour habitat modulaire.

Aujourd’hui implantés sur un terrain à Forest, en face du commissariat (ça ne s’invente pas), on décompte 6 logements modulaires unipersonnels, tous occupés. Les modules, bien évidemment déplaçables (quand un projet définitif verra le jour sur le terrain en question), sont installés grâce à une grue, sur des pieux de fixation métalliques. Les derniers modèles disposent également d’un train de roue à l’arrière, pour permettre une installation dans des emplacements plus difficiles d’accès.

Les modules sont « attribués » par Infirmiers de rue : « En tant qu’acteurs de terrain, nous connaissons bien, voire très bien, les personnes à qui nous apportons de l’aide tous les jours. Lorsqu’une place est libre, nous la proposons aux personnes qui remplissent les conditions, et que nous savons, de par nos rencontres, pouvant être potentiellement intéressées », explique Maxime Bonaert, responsable du projet Modules chez IDR. Il y a en effet deux conditions : posséder une carte d’identité en ordre, et être inscrit au CPAS. « Les personnes qui peuvent dès lors profiter de ces logements doivent s’acquitter d’un loyer mensuel de 310 euros (plus les charges), soit en dessous de 30% du revenu d’intégration sociale, qui est de 1100 euros environ. Ce seuil de 30%, que l’on appelle « ratio de solvabilité », encore appelé « taux d'effort » du locataire. On considère généralement qu'il ne doit pas excéder 30 à 35 % des revenus, pour assurer que les loyers soient respectés et que les locataires disposent encore de revenus nécessaires pour une vie décente », ajoute Maxime Boneaert.[1]

 

Une expérience fructueuse

Le succès du campement modulaire de Forest a motivé Infirmiers de Rue et Citydev à réitérer l’expérience, et de la tenter à plus grande échelle. Didier Ledocte, coordinateur Occupation Temporaire pour Citydev.brussels, y voit une solution adaptable sur de nombreux sites à Bruxelles et environs :

« Avec Citydev, nous sommes très favorables aux implantations temporaires sur nos sites en attente de développement. Un espace qui est occupé est beaucoup moins susceptible de subir des dégradations ou dépôts clandestins, et donc d’engendrer des nuisances pour les riverains. Nous sommes toujours prêts à écouter les propositions d’occupations temporaires, et cherchons toujours à faire en sorte que les projets solidaires, d’associations ou de particuliers, aboutissent. Dans ce cas précis, nous sommes ravis et fiers d’avoir pu aider Maxime [Bonaert] et Infirmiers de Rue à réaliser ce beau projet : ils réalisent un travail formidable à Bruxelles, et l’initiative Module est un exemple parmi d’autres de leur engagement au quotidien pour lutter contre le sans-abrisme ».

Didier Ledocte souligne également les très bons retours de la part de la commune de Forest et des riverains : « Nous n’avons reçu aucune plainte. A l’inverse, nous avons constaté la création d’une synergie avec un autre groupe en occupation temporaire dans le quartier. Cela correspond à ce que nous attendions avec Infirmiers de Rue pour les habitants de ces modules, autrefois sans-abris : d’un côté, une envie de tranquillité et d’autonomie, et de l’autre l’envie de nouer de nouveaux contacts sociaux ».

Citydev.brussels envisage désormais de multiplier les projets d’occupation temporaire pour combattre le sans-abrisme. Ils espèrent également parvenir à établir des baux en « emphytéose », pour permettre des occupations de sites pour des plus longues durées.[2]

 

Une solution pour l’accueil de migrants ukrainiens

Au vu du succès du site de Forest, Citydev va également prochainement ouvrir un site à Haren, qui comptera une soixantaine de modules destinés à l’accueil de migrants ukrainiens. L’organisation de développement urbanistique bruxelloise a opté une nouvelle fois pour la solution modulaire pour les avantages pratiques qu’elle présente : la rapidité de construction et d’installation des logements, qui offrent des conditions de vie décentes, ainsi que leur possible réutilisation pour d’autres projets à l'avenir.

 

[1] En 2022, le revenu d’intégration sociale était de 1137.97 euros exactement, pour une personne isolée.

[2] L'emphytéose permet à celui qui en bénéficie (appelé emphytéote) d'avoir le plein usage d'un bien immobilier appartenant à une autre personne (appelé le bailleur emphytéotique). L'emphytéose s’étale sur une durée minimale de 15 années et maximale de 99 années. (Définition de notaire.be)

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