L'économie circulaire est-elle l'avenir du secteur de la construction ?

Depuis peu, une ancienne usine, située derrière la gare du Midi à Bruxelles, abrite l'Implementation Centre for Circular Economy, en abrégé l'ICCE. Cette initiative ambitieuse vise à devenir la plate-forme de référence pour l'économie circulaire en Europe. SECO, l'organisme de contrôle de l'industrie de la construction, compte parmi les partenaires de l'initiative. BÉTON a rencontré le CEO Yves Pianet et le directeur Benny De Blaere.

En effet, le développement durable est aussi de plus en plus à l'ordre du jour dans la construction. Yves Pianet et Benny De Blaere, respectivement CEO et directeur de la certification de SECO, approfondissent le sujet depuis des années et sont les moteurs de l'ICCE. Ces deux hommes racontent avec passion leur vision de l'avenir de la construction, le rôle de l'ICCE à cet égard et l'avenir de la certification de la durabilité.

 

À propos de la plate-forme inspiratrice de l'ICCE

Yves Pianet : « Le terme C2C a été inventé par le chimiste allemand Michael Braungart. Son idée est évidemment très ambitieuse puisqu'elle suppose que ce que vous produisez ne génère plus de déchets. Cela nécessite un changement de paradigme, quasiment une transition de la deuxième à la troisième révolution industrielle. L'Europe a clairement pris l'initiative dans le domaine du C2C. Il s'agira cependant d'un processus très progressif, qui s'étalera sur plusieurs années. L'Europe doit être réindustrialisée, en mettant l'accent sur le développement durable. Nous devons à nouveau penser local, avec les matériaux et le savoir-faire dont nous disposons chez nous. »

« L'ICCE ou ‘The Implantation Centre for Circular Economy’  doit devenir le lieu de référence pour la mise en relation de toutes les parties prenantes de l'économie circulaire. Nous lançons un appel à tous ceux qui ont un intérêt à devenir "plus circulaires". Vos produits présentent des caractéristiques qui vont dans le sens de la construction durable et de l'économie circulaire ? Dans ce cas, vous pouvez frapper à la porte de l'ICCE.  Nous réfléchissons à une liaison structurelle de différentes institutions publiques, pour permettre à des initiatives privées et des entreprises de s'appuyer sur le savoir-faire disponible. »

 

BÉTON : L'ICCE se situe au cœur de l'Europe. Votre vision est-elle européenne ?

Pianet : « L'ICCE démarre à Bruxelles, mais peut essaimer. L'idée est de penser en termes européens et que les idées soient mises en pratique par les régions et leurs institutions publiques. Ainsi, nous visons, pour Bruxelles, une collaboration avec le cabinet de l'Environnement, de l'Économie et avec la Région en général. Nous allons aussi coopérer avec Bruxelles Environnement, qui a récemment été désigné comme responsable de l'économie circulaire à Bruxelles. Paris marque également de l’intérêt pour une collaboration. La ville elle-même compte déjà un département d'économie circulaire. La région de Bretagne et la ville de Luxembourg ont également manifesté leur intérêt. Cela démontre que l'idée d'une approche régionale coordonnée, à l'échelle européenne, fait son chemin. »

 

BÉTON : À l'heure actuelle, l'ICCE est essentiellement lié au secteur de la construction. Mais vous êtes visionnaire et vous souhaitez voir tous les secteurs travailler ensemble.

Pianet : « Il n'est pas étonnant que le secteur de la construction soit à l'avant-garde. C'est de loin le secteur qui présente le plus de possibilités en termes d'économie circulaire. Mais un partenaire comme l'IBGE, par exemple, réfléchit de manière beaucoup plus large. De notre point de vue, cette initiative permet à SECO de conférer un contenu social à son savoir-faire. Ensemble, nous voulons lever des barrières et réunir à la fois des personnes et des idées. Une plate-forme comme l'ICCE offre parfaitement cette possibilité. Nous ne sommes ni un gouvernement, ni une institution publique. Nous ne pouvons pas nous montrer dogmatiques dans notre approche. L'ICCE ne réfléchit pas seulement, par exemple, à des possibilités de production, mais aussi à des formes de vie en société. Nous voulons développer notre savoir-faire en matière d'aménagement urbain. Cet aménagement évoluera de façon différente pour la Flandre, la Wallonie et les zones plus urbanisées. Mais une chose est sûre : nous devrons concentrer davantage les habitants. Il a été démontré que nous avons besoin d'au moins 30 000 résidents pour pouvoir réunir toutes les fonctions. Ces pistes de réflexion peuvent permettre à l'avenir une meilleure utilisation de l'espace vert. »

 

BÉTON : Revenons à la construction. Un débat fait rage sur la question de savoir ce qui est réellement plus durable : démolir ou rénover ?

Pianet : « Nous devons répondre à cette question au cas par cas. Pour les nouveaux bâtiments, les structures doivent être conçues, en tout cas, pour durer longtemps et donc être multifonctionnelles. Je pense à des structures avec des niveaux d'étage très élevés. Cela leur permet de remplir des fonctions différentes. Les étages sont divisés avec d'autres matériaux, moins structurels. Ainsi, le bâtiment peut être reconçu à plusieurs reprises au cours de sa longue durée de vie. En plus de la structure physique du bâtiment, tout doit être remplaçable. Les chantiers de construction deviendront de plus en plus des lieux de montage. »

« Nous devons construire du démontable. Nous devons donc imaginer de nouvelles liaisons et méthodes de montage. Le béton préfabriqué se prête naturellement très bien à cet exercice. Il faut aussi construire des immeubles antisismiques, selon la nouvelle norme en vigueur en Belgique. Je suis certain que nous allons chercher des moyens de rendre le béton plus léger. Innover et réfléchir en dehors du cadre, voilà de quoi il s'agit. Prenez le bambou, par exemple. Cette plante présente une structure interne ingénieuse, qui la rend très légère, tout en lui donnant une très grande résistance. Peut-on s'en inspirer pour le béton ? La nature peut nous apprendre beaucoup de choses. »

 

BÉTON : Le Cradle to Cradle commence par le recyclage. Le béton préfabriqué peut être recyclé en aggrégats, mais dans la pratique, les matériaux sont souvent trop mélangés pour permettre leur réutilisation comme élément structurel. Comment voyez-vous les choses dans le cadre du C2C ?

Benny De Blaere : « Nous devons réfléchir au recyclage d'une autre manière. Le défi consiste à démolir des bâtiments, mais sans détruire leurs éléments. Nous devons donc chercher un autre mode d'assemblage. Un élément en béton est aujourd'hui conçu en fonction du besoin. Il faudrait, en effet, penser davantage à une construction modulaire. Cela consiste à ramener les éléments à l'usine, à les casser dans un environnement contrôlé et à les rassembler en d'autres éléments fiables. Bien sûr, il faut les transporter, mais les gravats doivent déjà être transportés à l'heure actuelle. »

Pianet : « L'économie circulaire appelle à une plus grande diversité de matériaux dans un bâtiment. Lorsque nous parlons de bâtiments à niveaux élevés, le meilleur matériau reste le béton, mais pour les niveaux intermédiaires, nous devons penser à d'autres solutions. Nous devons donc établir des contacts entre les différentes industries pour les amener à collaborer. Pour le moment, chaque industrie prêche pour sa paroisse. Nous pouvons bien plus nous enrichir en réfléchissant ensemble plutôt qu'en travaillant les uns contre les autres. »

 

BÉTON : L'introduction de la certification a marqué une évolution majeure dans la construction durable. Il existe différents certificats de durabilité sur le marché, qui mesurent de manière spécifique la durabilité d'un bâtiment. Ces systèmes de certification pourront-ils continuer à jouer un rôle dans un modèle C2C ?

Benny De Blaere : « Cette question appelle plusieurs réponses. En Belgique, on dénombre aujourd'hui une centaine de bâtiments certifiés selon différents systèmes. Chaque certification est entièrement différente des autres. BREEAM est la plus répandue. Ce label d'origine britannique valorise le fait que le maître d’ouvrage peut démontrer, preuves à l'appui, qu'il dispose de certaines informations. C'est un système relativement administratif, avec peu de flexibilité technique. L'élément de preuve est présent, donc c'est prouvé. SECO a élaboré un système complètement différent : VALIDEO. Enfin, il existe un certain nombre de bâtiments certifiés sous le système français HQE. Pour l'évolution vers l'économie circulaire, j'envisage surtout VALIDEO. »

 « Pourquoi ? VALIDEO examine chaque bâtiment ad hoc et lui attribue une attestation.  En d'autres termes : le bâtiment a été étudié ad hoc, il est décrit dans un document et il peut être jugé durable. C'est un système très ouvert. Il est tout à fait impossible de comparer deux certificats Valideo entre eux. Chacun suppose une certaine subjectivité. Avec VALIDEO, vous pouvez également obtenir une 'attestation avec certificat'. Cela indique que la construction a été érigée conformément à sa conception.  BREEAM, par contre, est un peu plus commercial. Il est vrai que les liens entre BREEAM et VALIDEO sont très nombreux. HQE, la marque française, est un peu à part. Elle revient sur les processus mêmes qui sont à la base de la conception. C'est en fait un certificat de système de gestion. Il ne dit rien sur le résultat en soi. Ce qui compte, c'est la qualité du processus visant une solution durable. C'est un système intelligent et très ouvert qui ne porte pas de jugement sur le mode de construction. L'inconvénient est que cela complique la comparaison et que l'on dispose de peu d'informations sur le bâtiment proprement dit. »

 

BÉTON : Le C2C est-il, quoi qu'il en soit, une affaire de mesurabilité ?

Benny De Blaere : « L'élaboration de la certification a certainement jeté de bonnes bases pour la réflexion autour de l'économie circulaire. Mais les modèles de certification contiennent souvent un système de pondération prédéfini. Les différents éléments sont reliés entre eux dans une configuration fixe. Cela s'est ensuite traduit par des règles qui n'étaient pas toujours pertinentes dans la pratique. L'industrie a beaucoup appris grâce à l'élaboration de ces systèmes. Mais maintenant, nous avons à nouveau besoin d'une plus grande ouverture. »

« Le mesurable, c'est du top-down. Nous allons à présent examiner les choses de façon très pragmatique, selon une approche davantage bottom-up. Un certificat ne peut pas étouffer la créativité. Nous ne pouvons pas décider aujourd'hui de ce que les gens voudront faire d'un bâtiment dans 20 ans. La créativité devancera toujours la mesurabilité. Nous ne pouvons pas non plus penser à la place de nos enfants. La solution réside bien plus dans la maîtrise de la technologie que dans un modèle qui fige l'avenir. Je pense que de nombreuses opportunités nouvelles s'offrent à nous. L'économie circulaire parlera plus à l'imagination que la durabilité et, de toute façon, intégrera entièrement l'idée de la durabilité. » (kda)

 

L'implementation Center for Circular Economy est une initiative de SECO, de Lateral Thinking Factory et de la Chambre de Commerce de Bruxelles (BECI).

Partager cet article:

Nos partenaires

GAimage