Une entreprise anversoise isole les sols des bâtiments de l’ancienne caserne Fritz Toussaint avec… des coquillages

Un chantier en plein Bruxelles qui sent l’iode… non, le niveau de la mer du Nord n’est pas monté jusqu’à atteindre la capitale, mais plusieurs tonnes de ses coquillages y ont été livrées sur le chantier de la caserne Fritz Toussaint, à Ixelles. L’entreprise anversoise Ecoschelp, spécialisée en solutions d’isolation durables, a recouvert les sols de plusieurs bâtiments de l’ancienne caserne avec une couche de coquillages. Les maitres d’ouvrage, la SAU (Société d’Aménagement Urbain) et l’ULB, ont opté pour ce matériau insolite et durable et qui présente plusieurs autres avantages, en accord avec la ligne directrice circulaire du chantier.

Baptisé USquare, ce projet de grande envergure entend revitaliser les bâtiments de la caserne en un nouveau quartier multidisciplinaire, comprenant notamment un pôle inter-universitaire (ULB x VUB), un parc de logements diversifié dont des kots étudiants, un food hall durable et des équipements de proximité pour le quartier. Le site avait auparavant accueilli l’occupation temporaire See U.

Joaquim Dupont a participé à la visite guidée du chantier, organisée par le cluster Eco-construction, et menée par Teun Depreeuw, fondateur et project manager au sein d’Ecoschelp. L’occasion d’en apprendre plus sur ce matériau encore peu commun dans notre pays, alors qu’il est pourtant déjà très courant chez nos voisins néerlandais.

 

Un matériau aux multiples avantages

Premièrement, les coquillages constituent une ressource naturelle inépuisable, les mollusques en produisant chaque année. L’entreprise néerlandaise Isoschelp – « schelp » étant la traduction néerlandaise de coquillage – les récupère dans les fonds marins de Mer du Nord, mais aussi en Zélande et dans la mer des Wadden.  Ils sont ensuite lavés à trois reprises à bord du bateau, pour dissoudre tous les restes salés et ce qui évite de perturber la faune et flore locale. C’est là qu’entre en jeu Ecoschelp (il ne faut pas confondre les deux entreprises), qui fournit ce matériau insolite aux entrepreneurs belges.

Livrés par camion-citerne, ceux qui sont directement disposés par-dessus les fondations sur la surface à isoler via un système de soufflerie. Il ne reste ensuite qu’à tasser et égaliser la surface. L’« installation » est donc très rapide et efficace.

Ensuite, les coquillages sont non-capillaires, contrairement au sable par exemple, ce qui crée une barrière naturelle entre la nappe phréatique et la chape que l’on vient poser par-dessus. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui explique le potentiel isolant des coquillages et évite les problèmes d’humidité, comme l’explique Teun Depreeuw : « L’humidité n’a aucune possibilité de remonter vers la surface. La couche supérieure des coquilles est complètement sèche et l’évaporation des eaux souterraines est considérablement réduite ». Le matériau atteint la valeur d’isolation R = 2,8 pour une couche de 30cm, et sa légèreté permet une utilisation sur tous types de sol. Enfin, le matériau présente des performances d’isolation acoustique intéressantes.

Ecoschelp propose deux produits, des coquillages entiers ou brisés. Les entiers sont utilisés pour les projets d’isolation, les brisés pour des applications extérieures, comme les chemins de jardin, car ils permettent un meilleur drainage de l’eau de pluie et facilitent l’infiltration dans les sols.

 

Un projet cohérent

Cette solution d’isolation durable correspond parfaitement à la philosophie des maitres d’ouvrage, qui veulent limiter au maximum l’empreinte écologique du projet Usquare.brussels, en suivant les principes de construction circulaire. L’équipe de conception (composée de EVR- Architecten / Bc Architects et Callebaut Architecten) et l’entrepreneur général BPC ont notamment mis l’accent sur la récupération de matériaux in situ et leur réemploi dans les bâtiments restaurés.

Gilles Delforge, le directeur de la SAU, s’était d’ailleurs exprimé sur le sujet, en affirmant « la volonté d’assurer la durabilité du projet et l’intégration de l’économie circulaire. Ainsi, sur les 26 bâtiments du site, 18 seront conservés et réhabilités et 2 seront surélevés, tandis que seulement 3 seront démolis-reconstruits et 4 démolis sans être reconstruits, ceci afin d’offrir un espace public généreux et qualitatif, avec notamment la création d’un jardin public de pleine terre. Accompagnée par l’asbl Rotor, la SAU a aussi défini une stratégie circulaire à l’échelle du site. Les objectifs généraux sont de gérer de façon exemplaire les ressources matérielles au sein du projet : faire avec l’existant, maximiser le réemploi et le recyclage des matériaux issus de la déconstruction, choisir des matériaux qualitatifs… ».

Pour cette raison, le projet Usquare.brussels avait notamment été remporté un subside be.exemplary en 2019. Circubuild vous tiendra au courant de l’avancement de ce projet, avec les bâtiments universitaires et le food hall attendus pour une livraison fin 2023 / début 2024, les logements à partir de 2025. La fin des travaux sur le site est quant à elle prévu pour 2028, avec l’aménagement des kots étudiants.

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